Chronique Citizen Jazz

Article de presse

Gaëtan Nicot Trio - Jazz radiophonique eighties

A travers huit titres empruntés à la variété pop des années 80, le pianiste Gaëtan Nicot nous présente son trio constitué du bassiste électrique Etienne Gallac et du batteur Christophe Lavergne. Sideman discret, réputé en Pays de la Loire (il joue avec François Ripoche, Frédéric Chiffoleau, Mourad Benhammou), Gaëtan Nicot nous invite, dans ce premier disque faussement évident, à découvrir un univers à fonds multiples. L’oreille, en effet, s’amuse d’abord à reconnaître des titres de Tears For Fears, U2 ou encore Sting & Eric Clapton. Après plus de 30 ans de matraquage radiophonique, les inflexions, décalages et ornements qui diffèrent des modèles sont immédiatement perçus avec une acuité et une exigence particulières.

Dans le prolongement des jazzmen des années 40 qui remaniaient les mélodies de Broadway, Nicot « défigure » ces musiques. En leur façonnant un nouveau visage, il dévoile une identité sublimée mais schizophrénique. Car constamment troublé par les bouleversements, l’auditeur ne peut que se détacher des originaux devenus trop instables et se raccrocher à la solidité de jeu de ce triangle musical qui s’élance dès lors vers de nouveaux horizons.

Sous le divertissement, on entend, en effet, un toucher délicat. Les arrangements sont faits de décalages discrets et enrobent des lignes claires mais ambiguës. Ces dernières, trouées de silence, laissent découvrir des couleurs impressionnistes. La basse électrique, tout droit venue de cette décennie 80, se fait le contre-chant complice du clavier (“Hijo De La Luna”) et s’attache à contenir la mélodie pendant que la batterie soutient généreusement l’ensemble d’un groove léger (l’entraînant “Walk Like An Egyptian”).

Au delà des compositions, c’est tout l’univers du pianiste qui se dessine ainsi. On retrouve certes des touches d’Herbie Hancock ou Bill Evans mais également une identité plus intime et complexe (le troublant et déconstruit “Shout”). Sous l’attachement nostalgique à ces chansons passées, on entrevoit, effectivement, toute la pudeur d’un pianiste qui se « cache derrière » pour mieux se découvrir. Avec d’indéniables qualités.

 

Nicolas Dourlhès

Lien de l'article